Fiche de lecture : Martin Roth, collectionner ou accumuler ?

ROTH Martin. 1989. « Collectionner ou accumuler ? A propos des musées ethnographiques et historiques régionaux en Allemagne et en France ». In Terrain, revue d’ethnologie de l’Europe n°12 avril 1989 Du congélateur au déménagement.

Dans ce texte, l’auteur veut nous montrer l’évolution du musée d’ethnologie depuis le XIXème siècle. Il montre notamment que ces musées de société n’ont guère changé depuis leur création. La muséographie, la mise en scène se cont adapté au public avec notamment la création de nombreux écomusées, les nouvelles technologiques de l’informatique et de la communication, la Nouvelle Muséographie. Ils sont essentiellement tournées vers les identités régionales voulant sacraliser un passé propre à chacun, à chaque région, à chaque nation, un passé qui était souvent celui des paysans, du peuple. Ce passé s’opposait au présent en ce qu’il était stable face aux changements de la société du XXème siècle et il semblait donc indispensable de le sauvegarder et de l’exposer au public dans des musées.

L’intérêt de cet article est son analyse de la « muséomanie » de ces dernières années. Pour Roth, cette tendance à vouloir tout mettre dans un musée pour que les générations futures se souviennent de notre mode de vie et pour que nous-même nous souvenions de nos ancêtres, se décalerait vers une consommations de bien culturels sans vraiment sélectionner ce qui est vraiment nécessaire de comprendre, sans en saisir vraiment le sens, pourvu que le visiteur soit contente et surtout qu’il fréquente les musées. Ils seraient devenus des musées-spectacle où la vie es remise en scène, restaurée à l’identique sans études scientifiques sur le sujet permettant de vraiment mettre en relief le lien qui nous uni avec ce passé et qui est finalement ce qu’il faut conserver plus que les objets en eux-même, ceux-ci ne sont que le témoignage de ce lien entre nous et le passé.

Publicités

Le processus de patrimonialisation

Cet article est un extrait de mon mémoire de Master 1 sur la patrimonialisation de la publicité.

 

Sur la question de la patrimonialisation, Jean Davallon ou encore Emmanuel Amougou nous permettent de comprendre le processus de mise en patrimoine, savoir comment un objet, apparemment usuel et banal, peut devenir une partie de notre patrimoine culture, une part de notre héritage commun. Pour Amougou, le processus de patrimonialisation s’explique par une volonté des acteurs sociaux de conférer à un objet, un lieu, une pratique sociale, une légitimité et de les transmettre à l’ensemble de la population. Finalement, c’est bien une démarche volontaire d’un groupe qui fait le patrimoine, il ne s’agit pas d’un processus de tradition, de quelque chose que la mémoire, le respect des anciennes rendraient obligatoire, mais bien d’une démarche a posteriori qui perpétue également la mémoire des temps passés mais qui est décidée, choisie, voulue par un groupe social précis.

C’est bien le processus décrit par Jean Davallon lorsqu’il parle de filiation inversée. Il montre bien que ne devient patrimoine qu’un objet que l’on décide de voir avec des yeux nouveaux, que l’on soustrait à son usage premier, que l’on retire de la vente et du marché économique. Cet évènement débute par une « trouvaille », il faut découvrir, ou redécouvrir, un objet, un lieu, une pratique pour qu’elle nous apparences comme un lien avec le passé, avec notre passé, avec nos ancêtres. Cet objet, à la différence de la tradition orale et des récits que nous entendons par le biais de nos grands-parents, est un lien matériel que nous pouvons toucher, une preuve finalement de l’existence de ce monde disparu. Le processus de patrimonialisation se poursuit par l’authentification de l’objet. Il s’agit de lui reconnaître une valeur historique, scientifique, de certifier qu’il ait bien une origine réelle, qu’il ne soit pas une reproduction actuelle d’un objet plus ancien. C’est également ce que dit Aloïs Riegl en 1903, lorsqu’il parle de valeur d’ancienneté et de valeur historique. En étudiant la mise en patrimoine des monuments historiques, les premiers objets ayant été au centre d’une politique de sauvegarde au début du XIXème siècle, il constante que ce qui fait la valeur d’un monument, qu’il soit architectural ou littéraire, c’est qu’il soit dégradé par le temps (valeur d’ancienneté) ou qu’il soit un représentant d’un moment de l’Histoire dans un domaine quelconque de l’activité de notre civilisation (valeur historique). Après la certification de l’origine de l’objet, il faut vérifier l’existence de ce monde d’origine, et qu’il y a bien un lien plus ou moins direct entre ce monde et notre monde actuel. Cette vérification consiste à nous faire apparaître comme les héritiers de ce monde, et c’est parce que nous en sommes les héritiers que nous allons commémorer la mémoire de ce monde à travers l’objet, trace, indice, symbole de cette filiation. A partir de là l’objet est patrimoniales, c’est-à-dire considéré comme un objet culturel faisant parti de notre patrimoine commun, il nous reste alors à l’exposer pour permettre à chaque individu de se reconnaître héritier de cet objet et de la civilisation qu’il incarne, ou de découvrir ou redécouvrir cette civilisation. Par cette mise en exposition, nous transmettons cet objet et sa mémoire aux générations futures. Nous assurons un lien entre le passé et le futur, c’est une obligation morale : nous sommes responsables de l’objet patrimoine de l’humanité. Par tout ce processus de patrimonialisation d’un objet apparemment banal, nous avons choisi délibérément de garder ce témoin des temps passés comme nous avons choisi d’en laisser d’autres dans l’oubli.


Bibliographie

  • DAVALLON Jean. « Comment se fabrique le patrimoine ? ». In Sciences Humaines, Numéro Hors Séries 36 – Que transmettre ? – mars, avril, mai 2002. Pages 74 à 77.
  • AMOUGOU Emmanuel (sous la dir.). 2004. La question patrimoniale : de la « patrimonialisation » à l’examen des situations concrètes. Paris. L’Harmattan. 282 pages.
  • RIEGL Aloïs. 1984. Le culte moderne des monuments. Ed. du Seuil. Paris.122 pages.

Fiche de lecture : Marcel Roncayolo, La ville et ses Territoires

I-     Marcel Roncayolo.

Marcel Roncayolo, né en 1926 à Marseille, est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, professeur émérite à l’Université de Paris X-Nanterre, il a également occupé le poste de directeur adjoint de l’Ecole Normale Supérieure.

Il est connu pour être l’un des grands noms français de l’école géographique, et fait figure de modèle dans les études sur la ville, l’urbanisme et la sociologie urbaine. Il apprécie particulièrement cet espace urbain et c’est pour cela qu’il a passé sa vie entière a essayé d’en comprendre les mécanismes. Il a notamment participé à de grands ouvrages collectifs sur la ville tel que L’Histoire de la France urbaine, ou Les grammaires d’une ville aux éditions de l’EHESS.

Sur le terrain urbain, il a également présidé le comité de programme du PIR-Villes avec le CNRS et dirigé l’Institut d’Urbanisme de Paris de 1991 à 1994.

Marcel Roncayolo fait autorité dès qu’il s’agit d’étude touchant au lieu qu’est la ville, et il est donc indispensable de lire ses ouvrages lorsque l’on veut connaître toutes les théories sur la ville.

 II-    L’ouvrage.

L’ouvrage La ville et ses territoires a été écrit en 1990, publié aux éditions Folio essais en 1997. Cette collection publie de nombreux ouvrages scientifiques, écrits par des universitaires ou des chercheurs, en sciences sociales, en lettre ou en sciences dures.

Après une série de plans de grandes villes mondiales servant de repères pour le reste de l’étude et une introduction sur comment comprendre la ville aujourd’hui, expliquant quelles sont les données à prendre en compte pour une étude complète du système urbain, le livre est divisé en dix grandes parties :

–          La ville en ses prémices
–          Ville et population
–          Les fonctions de la ville
–          Ville et culture urbaine
–          Morphologie et plan de la ville
–          Division sociale et division fonctionnelle de l’espace urbain
–          Ville et politique
–          Représentation et idéologies de la ville
–          Ville et territoire
–          La ville, d’aujourd’hui  demain

La ville est étudiée sous tous les aspects sociaux, culturels, démographiques, politiques, géographiques, idéologiques, historiques.

Pour mieux me situer dans l’axe du cours, j’ai choisi de ne travailler que sur les chapitres traitant de la culture urbaine et de la division sociale et fonctionnelle de l’espace urbain (chapitres IV et VI).

III-    Résumé des chapitres.

 A-    Chapitre IV : Ville et culture urbaine.

Ce chapitre traite de la culture urbaine qu’il définit comme l’ensemble des valeurs propres à la vie en ville et qui la caractérisent par rapport à la vie rurale en particulier. Roncayolo part des idées reçues qui sont que la vie urbaine est totalement différente de la vie à la campagne, que la culture urbaine s’apparente à une culture d’élite menée par les classes dirigeantes qui s’oppose à la culture des masses populaires, ouvrières. Mais il tente d’en montrer les limites. En effet pour lui la culture urbaine, que l’on a commencé à reconnaître qu’à partir de la fin du XIXème siècle, donc après les premières vagues d’exode rural, n’est en fait que l’adaptation des normes et valeurs de ruraux, qu’ils ont adapté au mode de vie et aux particularismes urbains comme la proximité, l’entassement humain… Enfin il dénonce l’idée d’une unité de culture urbaine, d’une part parce qu’elle est différente selon les classes sociales, mais aussi et surtout parce qu’elle diffère d’une ville à l’autre, d’un pays à un autre. Le passage de la campagne à la ville ne se fait pas pour les même raisons, l’évolution de l’image urbaine n’est pas la même (différence d’histoire, de rapport au pouvoir). La culture urbaine, le rapport à l’environnement géographique et social varie selon les modèles de chaque groupe social.

B-    Chapitre VI : Division sociale et division fonctionnelle de l’espace urbain.

Marcel Roncayolo définie la division sociale comme une séparation entre les différentes classes sociales qui se regroupent entre elles dans des lieux d’habitations distincts. La division fonctionnelle est le décalage entre les lieux d’habitations et les lieux de travail (commerces de proximité mis à part mais ceux-ci diffèrent tout de même suivant les quartiers et la population qui y habite). Pour lui il y a un lien étroit entre ces deux divisions puisque les regroupements de populations identiques en un même endroit, qui sont donc de la même classe sociale, donc ont un travail plus ou moins équivalent.

Roncayolo étudie la ville comme un lieu de rassemblement des populations mais aussi d’affirmation des différences. En effet les dissemblances entre les classes supérieures et les classes ouvrières sont plus marquées et plus visibles de part leur proximité géographique mais également par leur tendance à vivre séparé les uns des autres. Sans y voir une forme de ghettoïsation, l’auteur observe cette tendance à la distinction visible dès le siècle dernier et qui se traduit, en simplifiant par un centre vide, désaffecté et habité par les classes populaires, et une banlieue où l’espace individuel est important et habité par les classes supérieures. Toutes ses disparités sociales d’habitat se retrouvent dans les équipements de loisirs par exemple.

Pour expliquer cette division, il met en avant l’haussmanisation et l’histoire qui ont renforcé ces clivages, la recherche de l’espace de la bourgeoisie et les rapports coûts-transport qui ont obligé en quelque sorte les classes les plus pauvres à rester près de leur lieu de travail, le prix des terrains et la spéculation sur ceux-ci rendant l’habitat collectif moins prisé et donc moins cher, l’intervention publique qui tente de réduire les inégalités de terrains par des aides au logement, des logements sociaux, etc… mais qui n’est encore qu’au début de son entreprise, et une certaine immobilité de la ville dû au bâti qui fait qu’il est dur de changer les choses et que l’évolution est lente et incontrôlée.

IV-    Lecture critique par rapport au cours.

Ces deux chapitres correspondent parfaitement à la question du cours : le rapport entre culture et territoire. Marcel Roncayolo étudie le rapport précis entre la culture et la ville, quelles sont les caractéristiques propres à la « culture urbaine », comment celle-ci s’est-elle développée en rapport avec le mode de vie propre à la ville, est-elle vraiment différente de la « culture rurale », la culture urbaine est-elle vraiment homogène…

Après cela il fait le lien précis entre les différentes cultures de la ville, puisqu’il a démontré qu’elles varient suivant les pays, les villes ou les classes sociales, et les divisions du territoire urbain en espace de travail, espace d’habitations, espace de passage, et surtout les divisions sociales qui sont le plus marquées et les plus visibles dès que l’on commence à se pencher sur la carte d’une ville.

Ce livre est donc un livre ressource très important pour l’étude de la ville en général et pour l’étude des incidences de la structure urbaine sur la vie urbaine. Finalement il rejoint des auteurs comme Georges Pérec puisque l’espace urbain est remodelé selon la population qui y vit et le régime politique qui régit cette population, comme Hall qui considère que l’espace est mouvant et qu’on se déplace individuellement avec notre espace en s’adaptant au territoire dans lequel on s’installe.

Enfin j’ai trouvé ce texte assez dur à lire car plein de références à des auteurs, des théories, auxquelles, n’ayant pas fait de sociologie auparavant je n’étais pas habitué. Ces observations n’en sont pas moins pertinentes et compréhensibles par tous. La seule critique que je pourrais faire est que le livre commence à dater et que les exemples de vie urbaine datant du début du XXème siècle ne sont peut-être plus d’actualité aujourd’hui, le phénomène des cités, lié à l’immigration et à l’exclusion des étrangers, peut-il se comparer aux mouvements de concentration des ouvriers dans des quartiers populaires ?

Fiche de lecture réalisée en mai 2006 pour un cours sur le lien entre Culture et Territoire, Marie-Hélène Poggi, Master 1 Culture et Communication, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse

Fiche de lecture : Nathalie Heinich, L’art contemporain exposé aux rejets

Heinich Nathalie. 1997. L’art contemporain exposé aux rejets, études de cas, Chapitre VII, en guise de synthèse : l’art contemporain exposé aux rejets : pour une sociologie des valeurs, pages 191 à 211. Editions Jacqueline Chambon. Nîmes. 213 pages.

             Cet ouvrage est un rassemblement d’article écrit par N. Heinich, qui étudie les réactions des différents publics face à l’art contemporain. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, explique que le rejet de l’art contemporain se situe à différents niveaux ayant trait soit au goût de chacun, soit au manque de compréhension, soit d’un point de vue éthique, etc… Mais finalement la principale cause de rejet de l’art contemporain est lié aux limites même de l’art. Finalement la question de savoir si c’est de l’art ou non est la plus importante, les réaction de rejet se focalisent essentiellement sur le statut de l’œuvre ou de l’objet, et par extension sur la statut du réalisateur : artiste ou non ? Ainsi la question se porte plus sur qu’est-ce que l’art, qu’est-ce qu’une œuvre d’art, en quoi peut-on considérer que tel ou tel objet est une œuvre d’art ou n’en est pas, et ceci quel que soit le degré de rupture de la création, avec la société ou les normes artistiques déjà établies. Ce type de rejet est finalement lié au statut social des individus et aux valeurs du groupe social auquel ils appartiennent. En effet suivant le degré d’ouverture sur le monde extérieur, d’acceptation de choses nouvelles ou différentes des normes sociales préétablies, les individus, et par extension les groupes sociaux, sont plus ou moins réceptifs à l’art contemporain, dont il faut rappeler que le but est souvent de choquer, de transgresser les normes et les habitudes.

            Cet article est écrit pour l’art contemporain mais pourrait très bien être adapté à la publicité. En effet celle-ci fait aussi l’objet de rejets, parfois violents, que l’on pourrait même dire iconoclastes puisque les actions anti-pub se manifestent directement par des graffitis sur les affiches. En effet les premières publicités, celles du XIXème siècle notamment, sont plus facilement considérées comme des œuvres d’art puisqu’elles rentrent facilement dans nos critères esthétiques (graphisme…). Cependant, aujourd’hui, les affiches publicitaires sont le plus souvent des photographies, et la présence de la publicité dans tous les lieux de la vie, la déconnecte, pour certains, du monde de l’art qui est parfois décrit comme unique et rare mais aussi pérenne, ce qui n’est absolument pas le cas de la publicité. Heinich évoque également l’argument de l’irraisonnable avancé par les détracteurs de l’art contemporain. C’est un argument très fort des détracteurs de la publicité. En effet la publicité est souvent critiquée pour ses effets « abrutissants ». Elle est considérée comme une culture de masse, à laquelle chacun se doit de se conformer pour rester dans la norme. De ce fait elle est aliénante, bloque la création (et notamment la création artistique qu’elle confine à des critères esthétiques et économiques), renforce la société de consommation… Cet article permet de se demander comme la publicité arrive-t-elle à dépasser ces critiques et à être considérée comme un art par certain avec tout ce qui y est associé comme l’exposition dans les musées, ou le rejet.