Rencontre avec Sarah Betite, directrice du musée des Sapeurs-Pompiers Lyon-Rhône

Aujourd’hui, j’ai souhaité laisser la parole à Sarah Betite. J’ai rencontré Sarah en 2007, nous étions alors toutes les deux stagiaires au Musée de l’Orangerie. Elle occupe désormais le poste de directrice du musée des Sapeurs-Pompiers à Lyon.

sarah1– Bonjour Sarah, peux-tu nous présenter ton parcours professionnel ? 

Mon parcours est une succession d’opportunités inattendues.

A la fin de mes études et avec le concours d’attaché de conservation du patrimoine (2007), j’ai prospecté très largement et j’ai finalement été recrutée pour diriger le musée municipal de Pontarlier, en Franche-Comté. C’est un musée de ville particulièrement éclectique, connu notamment pour sa très riche collection mérovingienne, un magnifique autoportrait de jeunesse de Courbet et sa section consacrée à l’histoire de l’absinthe. Ce premier poste à responsabilité m’a appris le double métier de directeur scientifique et administratif, grâce à l’accompagnement de mon prédécesseur durant les premiers mois. Après avoir réalisé quelques belles expositions, j’ai cependant souhaité changer de décor et me rapprocher de Lyon où vivait mon compagnon.

Deuxième poste en 2012, je garde la casquette de directrice mais change radicalement de domaine : me voici propulsée au musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône. Séduite par sa collection unique et son équipe volontaire, j’ai aussi découvert ce qu’était un musée de métier. Animé depuis son origine par une équipe de sapeurs-pompiers passionnés, c’est avant tout un lieu de mémoire et de transmission. En jouant sur la popularité de l’image du sapeur-pompier, j’ai pu accroître de 60 % sa fréquentation avec un peu de communication et la création de quelques activités spécifiques. Le musée est ainsi rapidement monté en puissance et à présent, la priorité de mon travail est de favoriser la recherche de nouveaux locaux plus adaptés, grâce à la création récente d’un fonds de dotation.

– Pourquoi avoir choisi de faire tes études à l’Ecole du Louvre, jusqu’en 2ème cycle de muséologie ?

Henry-Pierre Picou - L'habillage - huile sur toile

Henry-Pierre Picou – L’habillage – huile sur toile

Entourée d’objets d’art et de tableaux à la maison depuis mon enfance, j’ai par la suite passé des moments merveilleux dans différents musées de beaux-arts qui m’ont donné l’envie d’y travailler. L’Ecole du Louvre me semblait la formation la mieux adaptée à mon projet, en ce qu’elle privilégiait une approche concrète et matérielle des œuvres, qui menait tout droit aux concours de la fonction publique. J’ai donc suivi le premier cycle consacré à l’histoire générale de l’art avec la spécialité peinture française, puis le second cycle, relatif à la muséologie, qui m’a donné un large éventail de connaissances sur les métiers du patrimoine.

Forte de ce bagage assez conséquent, j’ai ensuite fait un crochet par l’université de Paris IV-Sorbonne pour réaliser un mémoire dans le cadre d’un master. Il m’a permis d’acquérir une méthode de recherche et surtout, d’écrire. J’ai ainsi procédé à l’étude d’un peintre néo-grec particulièrement prolifique, Henry-Pierre Picou (1824-1895), dont je poursuis aujourd’hui le catalogue raisonné.

– Quel est le rôle d’un musée ? Expose-t-on de la même façon dans les musées des beaux-arts que dans les musées de sciences et techniques, d’histoire et de société ?

Un musée doit être selon moi un lieu extraordinaire, coupé du monde et hors du temps. Il est un lieu d’éveil et d’émerveillement, qui offre à ses visiteurs une expérience unique basée sur des impressions et des sensations. La richesse des collections, leur mise en lumière, la chaleur de l’accueil et la rigueur scientifique du discours de médiation sont les garants d’une expérience de visite réussie. C’est à cette condition que la longévité de l’institution sera assurée et la transmission du patrimoine garantie.

Les musées de sciences et techniques, d’histoire et de société développement davantage une muséographie dynamique et didactique, tandis qu’un musée d’art fera la part belle aux œuvres dans une présentation plus sobre. C’est en tout cas le schéma que j’ai suivi dans mes différentes fonctions. C’est aussi mon propre rôle scientifique que j’ai été amenée à réévaluer : dans mon poste actuel, je laisse la parole aux spécialistes que sont les mécaniciens, les amoureux des camions de pompier, et bien sûr les sapeurs-pompiers eux-mêmes. Il en ressort assurément une dimension plus humaines du musée.

– Que préfères-tu dans ton métier ?

En tant que directrice d’un musée de taille modeste, je suis amenée à occuper à peu près tous les postes nécessaires à son fonctionnement, aux niveaux scientifique, culturel et administratif. Malgré la difficulté de passer sans arrêt d’un domaine à l’autre, j’essaie de maintenir une certaine cohérence dans mes activités et de me faire plaisir. Et ce que j’aime, c’est raconter des histoire.

J’apprécie particulièrement mener des recherches documentaires sur les collections, ce qui conduit toujours à des découvertes (identifier le modèle d’un portrait, étoffer le fonds iconographique d’un véhicule…). En prenant de la hauteur, on affine aussi bien l’histoire d’une profession et ses caractéristiques que celle de la ville et de ses transformations, que l’on raconte dans les visites et les supports de médiation. Enfin, mon métier consiste aussi à raconter l’histoire du musée lui-même, ses fondations, et lui dessiner un futur dans le cadre d’un projet scientifique et culturel.

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– Je sais que vous avez un beau projet pour la Nuit des Musées 2016 au Musée des Sapeurs-Pompiers de Lyon, peux-tu nous en parler ?

Samedi 21 mai 2016, nous renouvelons l’ouverture de nos réserves que nous avions expérimenté avec succès lors des dernières Journées Européennes du Patrimoine. Il s’agit d’un vaste hangar situé à Vaulx-en-Velin dans le quartier du carré de Soie, il conserve plus de 200 véhicules et matériels hippomobiles non exposés et dans lequel travaille l’équipe technique.

A partir de 20 heures, les réserves seront mises en lumière pour un spectacle résolument inédit : un parcours de visite d’une demi-heure environ, jalonné de projections vidéos et de mises en scène originales, plongera le visiteur au cœur des collections, du fourgon pompe de l’entre-deux-guerres aux échelles aériennes, en passant par les pompes à bras et autres ancêtres des années 1910.

En apportant au musée le spectacle, la surprise, le rêve et l’émotion, le musée entend faire comprendre le travail de restauration des véhicules, leur histoire et celle des hommes qui ont travaillé avec, mais aussi de réaliser le potentiel patrimonial et émotionnel existant de cette impressionnante collection.

Pour vous rendre au musée et tester l’expérience dans les réserves du musée :
Réserves du musée (SDMIS) – 19bis avenue Bataillon Carmagnole-Liberté – 69120 Vaulx-en-Velin.
Entrée libre, départs tous les quarts d’heure de 20:00 à 23:30.
Renseignements 04 72 17 54 54 – musee.sapeur-pompier@sdmis.frhttp://museepompiers.com
P
our en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le dossier de presse

Merci Sarah d’avoir répondu à mes questions !

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