Le processus de patrimonialisation

Cet article est un extrait de mon mémoire de Master 1 sur la patrimonialisation de la publicité.

 

Sur la question de la patrimonialisation, Jean Davallon ou encore Emmanuel Amougou nous permettent de comprendre le processus de mise en patrimoine, savoir comment un objet, apparemment usuel et banal, peut devenir une partie de notre patrimoine culture, une part de notre héritage commun. Pour Amougou, le processus de patrimonialisation s’explique par une volonté des acteurs sociaux de conférer à un objet, un lieu, une pratique sociale, une légitimité et de les transmettre à l’ensemble de la population. Finalement, c’est bien une démarche volontaire d’un groupe qui fait le patrimoine, il ne s’agit pas d’un processus de tradition, de quelque chose que la mémoire, le respect des anciennes rendraient obligatoire, mais bien d’une démarche a posteriori qui perpétue également la mémoire des temps passés mais qui est décidée, choisie, voulue par un groupe social précis.

C’est bien le processus décrit par Jean Davallon lorsqu’il parle de filiation inversée. Il montre bien que ne devient patrimoine qu’un objet que l’on décide de voir avec des yeux nouveaux, que l’on soustrait à son usage premier, que l’on retire de la vente et du marché économique. Cet évènement débute par une « trouvaille », il faut découvrir, ou redécouvrir, un objet, un lieu, une pratique pour qu’elle nous apparences comme un lien avec le passé, avec notre passé, avec nos ancêtres. Cet objet, à la différence de la tradition orale et des récits que nous entendons par le biais de nos grands-parents, est un lien matériel que nous pouvons toucher, une preuve finalement de l’existence de ce monde disparu. Le processus de patrimonialisation se poursuit par l’authentification de l’objet. Il s’agit de lui reconnaître une valeur historique, scientifique, de certifier qu’il ait bien une origine réelle, qu’il ne soit pas une reproduction actuelle d’un objet plus ancien. C’est également ce que dit Aloïs Riegl en 1903, lorsqu’il parle de valeur d’ancienneté et de valeur historique. En étudiant la mise en patrimoine des monuments historiques, les premiers objets ayant été au centre d’une politique de sauvegarde au début du XIXème siècle, il constante que ce qui fait la valeur d’un monument, qu’il soit architectural ou littéraire, c’est qu’il soit dégradé par le temps (valeur d’ancienneté) ou qu’il soit un représentant d’un moment de l’Histoire dans un domaine quelconque de l’activité de notre civilisation (valeur historique). Après la certification de l’origine de l’objet, il faut vérifier l’existence de ce monde d’origine, et qu’il y a bien un lien plus ou moins direct entre ce monde et notre monde actuel. Cette vérification consiste à nous faire apparaître comme les héritiers de ce monde, et c’est parce que nous en sommes les héritiers que nous allons commémorer la mémoire de ce monde à travers l’objet, trace, indice, symbole de cette filiation. A partir de là l’objet est patrimoniales, c’est-à-dire considéré comme un objet culturel faisant parti de notre patrimoine commun, il nous reste alors à l’exposer pour permettre à chaque individu de se reconnaître héritier de cet objet et de la civilisation qu’il incarne, ou de découvrir ou redécouvrir cette civilisation. Par cette mise en exposition, nous transmettons cet objet et sa mémoire aux générations futures. Nous assurons un lien entre le passé et le futur, c’est une obligation morale : nous sommes responsables de l’objet patrimoine de l’humanité. Par tout ce processus de patrimonialisation d’un objet apparemment banal, nous avons choisi délibérément de garder ce témoin des temps passés comme nous avons choisi d’en laisser d’autres dans l’oubli.


Bibliographie

  • DAVALLON Jean. « Comment se fabrique le patrimoine ? ». In Sciences Humaines, Numéro Hors Séries 36 – Que transmettre ? – mars, avril, mai 2002. Pages 74 à 77.
  • AMOUGOU Emmanuel (sous la dir.). 2004. La question patrimoniale : de la « patrimonialisation » à l’examen des situations concrètes. Paris. L’Harmattan. 282 pages.
  • RIEGL Aloïs. 1984. Le culte moderne des monuments. Ed. du Seuil. Paris.122 pages.
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