Fiche de lecture : Marcel Roncayolo, La ville et ses Territoires

I-     Marcel Roncayolo.

Marcel Roncayolo, né en 1926 à Marseille, est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, professeur émérite à l’Université de Paris X-Nanterre, il a également occupé le poste de directeur adjoint de l’Ecole Normale Supérieure.

Il est connu pour être l’un des grands noms français de l’école géographique, et fait figure de modèle dans les études sur la ville, l’urbanisme et la sociologie urbaine. Il apprécie particulièrement cet espace urbain et c’est pour cela qu’il a passé sa vie entière a essayé d’en comprendre les mécanismes. Il a notamment participé à de grands ouvrages collectifs sur la ville tel que L’Histoire de la France urbaine, ou Les grammaires d’une ville aux éditions de l’EHESS.

Sur le terrain urbain, il a également présidé le comité de programme du PIR-Villes avec le CNRS et dirigé l’Institut d’Urbanisme de Paris de 1991 à 1994.

Marcel Roncayolo fait autorité dès qu’il s’agit d’étude touchant au lieu qu’est la ville, et il est donc indispensable de lire ses ouvrages lorsque l’on veut connaître toutes les théories sur la ville.

 II-    L’ouvrage.

L’ouvrage La ville et ses territoires a été écrit en 1990, publié aux éditions Folio essais en 1997. Cette collection publie de nombreux ouvrages scientifiques, écrits par des universitaires ou des chercheurs, en sciences sociales, en lettre ou en sciences dures.

Après une série de plans de grandes villes mondiales servant de repères pour le reste de l’étude et une introduction sur comment comprendre la ville aujourd’hui, expliquant quelles sont les données à prendre en compte pour une étude complète du système urbain, le livre est divisé en dix grandes parties :

–          La ville en ses prémices
–          Ville et population
–          Les fonctions de la ville
–          Ville et culture urbaine
–          Morphologie et plan de la ville
–          Division sociale et division fonctionnelle de l’espace urbain
–          Ville et politique
–          Représentation et idéologies de la ville
–          Ville et territoire
–          La ville, d’aujourd’hui  demain

La ville est étudiée sous tous les aspects sociaux, culturels, démographiques, politiques, géographiques, idéologiques, historiques.

Pour mieux me situer dans l’axe du cours, j’ai choisi de ne travailler que sur les chapitres traitant de la culture urbaine et de la division sociale et fonctionnelle de l’espace urbain (chapitres IV et VI).

III-    Résumé des chapitres.

 A-    Chapitre IV : Ville et culture urbaine.

Ce chapitre traite de la culture urbaine qu’il définit comme l’ensemble des valeurs propres à la vie en ville et qui la caractérisent par rapport à la vie rurale en particulier. Roncayolo part des idées reçues qui sont que la vie urbaine est totalement différente de la vie à la campagne, que la culture urbaine s’apparente à une culture d’élite menée par les classes dirigeantes qui s’oppose à la culture des masses populaires, ouvrières. Mais il tente d’en montrer les limites. En effet pour lui la culture urbaine, que l’on a commencé à reconnaître qu’à partir de la fin du XIXème siècle, donc après les premières vagues d’exode rural, n’est en fait que l’adaptation des normes et valeurs de ruraux, qu’ils ont adapté au mode de vie et aux particularismes urbains comme la proximité, l’entassement humain… Enfin il dénonce l’idée d’une unité de culture urbaine, d’une part parce qu’elle est différente selon les classes sociales, mais aussi et surtout parce qu’elle diffère d’une ville à l’autre, d’un pays à un autre. Le passage de la campagne à la ville ne se fait pas pour les même raisons, l’évolution de l’image urbaine n’est pas la même (différence d’histoire, de rapport au pouvoir). La culture urbaine, le rapport à l’environnement géographique et social varie selon les modèles de chaque groupe social.

B-    Chapitre VI : Division sociale et division fonctionnelle de l’espace urbain.

Marcel Roncayolo définie la division sociale comme une séparation entre les différentes classes sociales qui se regroupent entre elles dans des lieux d’habitations distincts. La division fonctionnelle est le décalage entre les lieux d’habitations et les lieux de travail (commerces de proximité mis à part mais ceux-ci diffèrent tout de même suivant les quartiers et la population qui y habite). Pour lui il y a un lien étroit entre ces deux divisions puisque les regroupements de populations identiques en un même endroit, qui sont donc de la même classe sociale, donc ont un travail plus ou moins équivalent.

Roncayolo étudie la ville comme un lieu de rassemblement des populations mais aussi d’affirmation des différences. En effet les dissemblances entre les classes supérieures et les classes ouvrières sont plus marquées et plus visibles de part leur proximité géographique mais également par leur tendance à vivre séparé les uns des autres. Sans y voir une forme de ghettoïsation, l’auteur observe cette tendance à la distinction visible dès le siècle dernier et qui se traduit, en simplifiant par un centre vide, désaffecté et habité par les classes populaires, et une banlieue où l’espace individuel est important et habité par les classes supérieures. Toutes ses disparités sociales d’habitat se retrouvent dans les équipements de loisirs par exemple.

Pour expliquer cette division, il met en avant l’haussmanisation et l’histoire qui ont renforcé ces clivages, la recherche de l’espace de la bourgeoisie et les rapports coûts-transport qui ont obligé en quelque sorte les classes les plus pauvres à rester près de leur lieu de travail, le prix des terrains et la spéculation sur ceux-ci rendant l’habitat collectif moins prisé et donc moins cher, l’intervention publique qui tente de réduire les inégalités de terrains par des aides au logement, des logements sociaux, etc… mais qui n’est encore qu’au début de son entreprise, et une certaine immobilité de la ville dû au bâti qui fait qu’il est dur de changer les choses et que l’évolution est lente et incontrôlée.

IV-    Lecture critique par rapport au cours.

Ces deux chapitres correspondent parfaitement à la question du cours : le rapport entre culture et territoire. Marcel Roncayolo étudie le rapport précis entre la culture et la ville, quelles sont les caractéristiques propres à la « culture urbaine », comment celle-ci s’est-elle développée en rapport avec le mode de vie propre à la ville, est-elle vraiment différente de la « culture rurale », la culture urbaine est-elle vraiment homogène…

Après cela il fait le lien précis entre les différentes cultures de la ville, puisqu’il a démontré qu’elles varient suivant les pays, les villes ou les classes sociales, et les divisions du territoire urbain en espace de travail, espace d’habitations, espace de passage, et surtout les divisions sociales qui sont le plus marquées et les plus visibles dès que l’on commence à se pencher sur la carte d’une ville.

Ce livre est donc un livre ressource très important pour l’étude de la ville en général et pour l’étude des incidences de la structure urbaine sur la vie urbaine. Finalement il rejoint des auteurs comme Georges Pérec puisque l’espace urbain est remodelé selon la population qui y vit et le régime politique qui régit cette population, comme Hall qui considère que l’espace est mouvant et qu’on se déplace individuellement avec notre espace en s’adaptant au territoire dans lequel on s’installe.

Enfin j’ai trouvé ce texte assez dur à lire car plein de références à des auteurs, des théories, auxquelles, n’ayant pas fait de sociologie auparavant je n’étais pas habitué. Ces observations n’en sont pas moins pertinentes et compréhensibles par tous. La seule critique que je pourrais faire est que le livre commence à dater et que les exemples de vie urbaine datant du début du XXème siècle ne sont peut-être plus d’actualité aujourd’hui, le phénomène des cités, lié à l’immigration et à l’exclusion des étrangers, peut-il se comparer aux mouvements de concentration des ouvriers dans des quartiers populaires ?

Fiche de lecture réalisée en mai 2006 pour un cours sur le lien entre Culture et Territoire, Marie-Hélène Poggi, Master 1 Culture et Communication, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse

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